Articles sur le Souffle

Années 2007-2013


La Respiration Cathartique et ses limitations

 

Juin 2013 - Wilfried Ehrmann -  traduction Luc Enaut

 

 

Pourquoi une Respiration intense cause-t-elle des émotions intenses ?

 

On trouve une explication des résultats souvent spectaculaires qui peuvent être obtenus  grâce à une respiration intense dans le centre de la peur de notre cerveau: l'amygdale.  Ce petit organe de la taille d'une amande, situé au fond de notre cerveau, se développe au troisième mois de la grossesse et stocke de manière précise tous les événements qui ont causé peur et débordement émotionnel. Il fonctionne de manière tout à fait inconsciente et ne fait pas référence au temps chronologique. Cela signifie, par exemple, que l'amygdale stocke la mémoire d'un chien qui aboie et que j'ai perçu comme dangereux quand j'avais un an, sans  qu'elle ait pris le temps de l'événement en considération. Ainsi, la même peur, avec la même intensité que j'avais expérimentée dans ma petite enfance, est produite quand je rencontre, à l'âge adulte, un chien qui aboie. 

 

La tâche de l'amygdale est de réagir dans un temps très court aux données sensorielles provenant de l'extérieur qui indiquent une situation dangereuse. C'est la raison pour laquelle le temps de connexion des oreilles vers l'amygdale est extrêmement court. Un signal en provenance des oreilles n'a besoin de se propager que sur trois synapses pour atteindre le centre d'alarme situé dans le cerveau, et ces trois connexions ne nécessitent pas plus de huit millisecondes.

 

Par conséquent, l'amygdale est capable de déclencher le complexe stress réaction immédiatement en activant d'autres centres du cerveau, principalement l'hypothalamus. Ainsi, un changement global, incluant une respiration intense, est déclenché dans le corps tout entier. Toutes les ressources de l'organisme pour la réaction de lutte ou de fuite sont mobilisées afin que nous puissions relever les défis d'une manière efficace.

 

 

Respiration intense et Peur

 

Dans une séance de respiration, on commence en général par la détente du corps. Il est important pour le client de relâcher les tensions musculaires manifestes, de sorte que le souffle puisse commencer à  circuler plus aisément et plus profondément que d'ordinaire. La respiration peut ensuite être intensifiée par la volonté et l'encouragement jusqu'au point où l'amygdale est ré-informée du danger lors duquel cette forme de respiration était apparue spontanément à un quelconque moment de l'histoire de la personne. À ce moment, l'amygdale initie la réaction de stress dans le corps, semblable à l'expérience traumatique du passé. Le client expérimente d'étranges sensations corporelles, des mouvements bizarres, et d'intenses émotions de peur, de colère ou de tristesse jusqu'au moment de la libération cathartique.

 

L'amygdale est également connectée à l'autre dispositif de stockage de mémoire localisé dans les régions supérieures de notre cerveau, le cortex. La connexion se fait au travers de l'hippocampe, qui est notre organisateur inconscient des souvenirs conscients. De cette façon, les souvenirs sensoriels du passé sont activés et peuvent être vécus sous forme d'images, de sons, ou de sensations corporelles, qui accompagnent les émotions intenses créées par l'amygdale. Des situations passées de nature traumatisante surgissent, auxquelles nous pouvons être être confrontées consciemment jusqu'à ce que nous soyons prêts à les intégrer.

 

 

L'amygdale, Mémoires et Temps

 

Nous pouvons comprendre le fait que certaines mémoires viennent souvent de bien au delà de la zone qui stocke notre mémoire consciente, parce que la capacité de mémoire de l'amygdale remonte aux premiers temps de la grossesse. Les impressions visuelles associées peuvent ne pas toujours être exactes puisqu'elles sont formées par le cortex associatif, sous la direction de l'hippocampe. Leur production ne suit pas une règle et un principe stricts, mais elle peut fournir de nombreux détails pertinents. Notre cerveau ne fonctionne pas comme un scientifique historien, qui sépare soigneusement les faits de la fiction, mais plus comme un poète, qui crée des images avec des significations complexes. (C'est le domaine où les syndromes de faux souvenirs peuvent intervenir).

 

Les souvenirs de la mémoire qui stocke les peurs sont fournis dans un format différent qui est simple et précis. Cette information est loin d'être exhaustive ou objective. C'est comme une base de données avec très peu de paramètres et qui se concentre rapidement et précisément sur la détection de signaux dangereux dans l'environnement. Si j'ai par exemple été heurté par une voiture rouge il y a des années de cela, la même couleur présente dans une minuscule zone de mon champ de vision pourrait déclencher la réaction de panique initiale. 

 

En raison du développement précoce de notre mémoire d'anxiété, nous pouvons nous rappeler des informations sur les dangers apparus dès les premiers stades de la grossesse, autour de la naissance et jusqu'aux phases précoces de la petite enfance. Mais cette information est stockée de manière très simplifiée, toujours en lien avec l'émotion, et avec une connaissance très limitée des circonstances. Une connaissance détaillée est organisée par l'hippocampe, qui commence à se développer quelque temps après la naissance et entre en maturité quelques années plus tard dans l'enfance. Les données sont stockées dans notre mémoire consciente (mémoire déclarative) qui se trouve dans de vastes zones du cortex associatif.

 

La zone de stockage mémoire de notre amygdale semble être la source de souvenirs précoces qui peuvent émerger lors de sessions de respiration. Elles apparaissent souvent sous forme d'étranges sensations corporelles ou de mouvements bizarres et se transforment en émotions intenses et en libération cathartique.

 

 

La Retraumatisation

 

Le seul fait de recontacter des mémoires de peur n'aide pas à guérir. Au contraire, cela intensifierait et renforcerait ces mémoires dans le sens d'une retraumatisation (cf Denis Ouellette: «Getting The War Out" in Breathe Magazine, n ° 109, 2008). Mais si le client peut maintenir un état de relaxation, dans lequel le corps reproduit les mémoires traumatiques dans un cadre de sécurité amené par le thérapeute, alors la mémoire peut être intégrée. L'intégration signifie que la peur, stockée dans l'amygdale, est fortement lié à une temporalité liée aux régions supérieures du cerveau, qui fait que le client est en mesure d'attribuer sa peur à un passé lointain, tout en étant capable de vivre le présent en sécurité et en confiance. 

 

Ici, un autre centre important du cerveau entre en jeu : le cortex préfrontal (CPF). C'est notre agent de vérification de la réalité et de la responsabilité. Il se développe pendant l'adolescence. Le CPF est capable de calmer notre amygdale pleine de peur quand les vieux souvenirs sont amenés à la conscience. Il nous assure que les vieilles expériences ont été très effrayantes pour nous, mais maintenant que nous avons grandi, nous ne sommes plus en danger. (C'est ce qu'on appelle le contrôle top-down.) Mais le CPF a besoin d'un environnement calme, parce que lorsque l'anxiété prévaut, son raisonnement est mis de côté par les centrales d'alarme. 

 

Une de mes clientes est venue à une séance de respiration parce qu'elle se sentait très perturbée après une séance de respiration de groupe, où elle ne s'est plus sentie en sécurité avec la personne qui l’assistait et qui ne pouvait lui donner le soutien dont elle avait besoin pour intégrer les émotions qui émergeaient. Elle avait besoin d'une attention particulière pour traverser et intégrer cette expérience perturbante. 

 

Lorsque l'environnement est adéquat, la cliente fait l'expérience de l'intensité de l'émotion et se sent suffisamment en sécurité pour y faire face et pour l'assumer. Elle reste focalisée en conscience sur sa respiration, de telle sorte qu'elle ne peut pas être totalement submergée par l'émotion comme lors de la situation traumatique du passé. Le thérapeute est présent et conscient des besoins de la cliente,  encourageant celle-ci à expérimenter ses émotions et à rester consciente de sa respiration. Il sert de point d'ancrage à la terre et de pont vers la réalité du moment.

 

Quand la vie quotidienne amène une nouvelle situation à même de déclencher un type de peur telle que celle vécue en séance, il est beaucoup moins probable que la peur se manifestera aussi intensément qu'auparavant. Après un certain temps, la personne sera en mesure de rester calme et de ne même plus penser à avoir peur.

 

 

Les Limitations de la Catharsis

 

La respiration Cathartique a quelques limitations que nous devrions connaître quand nous l'utilisons comme méthode thérapeutique. L'une des limites est que les émotions fortes des traumatismes du passé peuvent survenir trop rapidement pour que l'organisme ait le temps de les intégrer. Ceci présente le danger de trop solliciter et d'endommager une structure d'ego fragile. Cela peut occasionner une désintégration et décompensation sévère, débouchant sur une psychose. Les personnes avec une structure de personnalité fragile et issues d'un milieu social défavorisé ne devraient pas être incitées à pratiquer des séances de respiration intenses. Elles doivent d'abord se familiariser avec leur corps et leur souffle. Lorsqu' elles ont appris à se sentir enracinées dans leur corps et à se relaxer sur leur expir, on peut les amener lentement à augmenter le volume de leur inspir.

 

Une autre limite a trait aux capacités d'apprentissage de l'amygdale. Lorsqu'on est exposé à un signal effrayant pendant un certain temps sans que rien de dangereux ne se produise, le signal perd de son caractère effrayant - quand on entend une alarme de voiture se déclencher toutes les deux minutes, on arrête de l'écouter. 

 

De manière similaire, après quelques expériences de respiration intense, l'amygdale cesse de s'angoisser  quand le rythme respiratoire s'intensifie et lorsque les pauses de relaxation sont omises. Elle a appris, avec l'aide du cortex préfrontal, qu'il n'y a pas de danger réel dans la situation. Le client a appris à intégrer ses peurs jusqu'à un certain point et a renforcé le contrôle top-down afin d'apprivoiser le centre émotionnel inférieur et l'empêcher de se déclencher tout le temps inutilement.

 

Nous observons que la plupart des clients qui viennent travailler le souffle sur une base régulière, atteignent un niveau où ils peuvent respirer fortement et intensément dans un rythme connecté sans produire d'intenses réponses ou d'éruptions émotionnelles. Cela ne signifie pas que tous leurs traumatismes sont guéris, mais que leur corps, incluant le cerveau, a réussi à s'accommoder du modèle de respiration transformé et est prêt à passer à la suite sur cette base.

 

À ce stade, la méthode de respiration cathartique a atteint son objectif et a besoin d'être changée. Le travail de relaxation de la respiration, en particulier l'expir, combiné à un volume maximal, peut fournir des niveaux plus profonds de guérison. Pourtant, toutes les souffrances ne peuvent être éliminées par la respiration consciente. Nous avons besoin d'approches complémentaires pour accéder à ces maux. Il peut s'agir de respiration adaptée à un niveau émotionnel, de respiration systémique, de respiration interactive, ou de toute autre approche du souffle ou de thérapies complémentaires, qui ouvrent la porte aux différents niveaux de l'âme.

 

 

Le Cycle de Résolution Spectaculaire

 

Certains thérapeutes et certains clients sont déçus lorsque la respiration cathartique ne parvient pas à produire des résultats remarquables et sensationnels. Comme nous le savons de par les théories des ondes, même les ondes les plus puissantes s'appaisent et disparaissent après quelque temps. Lorsque le client et le thérapeute associent le succès thérapeutique à des ondes puissantes, ils pensent, après une séance uniforme et tranquille, qu'il manque quelque chose d'essentiel. Lorsque des manifestations spectaculaires sont considérées comme des constituants de base de la thérapie, avec l'intensité comme marqueur de réussite, le manque d'intensité peut apparaître comme le signe d'un échec.

 

Le thérapeute va transférer son concept au client, que cela soit partagé ou non verbalement. Aussi bien le thérapeute que le client deviennent accros à un cycle de résolution spectaculaire - il faut du spectaculaire pour qu'il y ait libération, alors il faut créer ce spectaculaire pour pouvoir bénéficier du sentiment qu'il y a eu résolution. Ce serait comme chercher à faire l'expérience de comment on se sent bien après s'être remis d'une grave maladie. Mais il ne serait pas considéré comme normal de se créer de graves maladies juste pour le plaisir de la sensation agréable ressentie après la convalescence !

 

Si le thérapeute se sent poussé à obtenir des résultats spectaculaires, il va chercher de nouveaux moyens pour en produire. Ainsi des interventions au niveau physique peuvent permettre d'assurer un haut niveau d'excitation et de tension spectaculaire. Le fait d'exercer des pressions sur certains points du corps va produire inévitablement de fortes réactions émotionnelles.

 

Certains praticiens du souffle affirment que plus de respiration est synonyme d'une meilleure respiration. Ils motivent leurs clients à respirer intensément et assument automatiquement (et à tort)  qu'une respiration moins intense est le signe d'une résistance psychologique. Plus de souffle est assimilé à plus d'énergie de vie - ceci est souvent érigé en dogme.

 

Mais ces thérapeutes considèrent que le niveau d'énergie que le corps peut supporter de notre métabolisme respiratoire dépend de la quantité d'air inhalée, plutôt que de la capacité de l'organisme à intégrer l'oxygène. De simples mesures peuvent montrer qu'une respiration intense et rapide prend plus d'énergie au corps qu'elle ne lui en procure.

 

La question est de savoir si une guérison peut encore se produire dans de telles conditions manipulatrices et idéologiques. La guérison ne peut être mesurée par la quantité de dopamine dans le cerveau, qui est susceptible d'être élevée à la fin d'une session cathartique. L'addiction à une excitation émotionnelle est vouée à générer plus de souffrances et à intensifier des modèles névrotiques. Lorsque la thérapie se transforme en exercice sportif, il serait préférable de dire au client que courir pendant une heure produirait probablement les mêmes résultats, ou même plus sains encore, que de pratiquer une session de respiration.

 

 

Une Bonne Respiration est une Respiration Détendue

 

Dans de nombreux cas, en thérapie du souffle, la catharsis est utilisée à bon escient pour libérer les blocages qui sont un obstacle à plus de détente. Il s'agit cependant seulement d'une étape. Apprendre à intensifier la respiration est nécessaire et peut être utilisé jusqu'à un certain stade qui est différent pour chaque personne. Lorsque l'on fait abstraction de cela, l'approfondissement de la relaxation est entravé et le besoin impérieux de tension devient un modèle addictif.

 

La thérapie devrait se traduire par l'affaiblissement et la dissolution des modèles de comportement dysfonctionnel, en réduisant les peurs sous-jacentes, et en élargissant les possibilités de détente dans la vie quotidienne. Une vie saine peut avoir ses moments intenses, mais ils ne devraient pas découler du stress, de la peur, ou du désir impérieux. Ils devraient être associés à la joie et au plaisir comme dans le côté ludique de la détente.

 

Une bonne respiration est le signe d'un système corps-esprit guéri. À mon avis, une bonne respiration peut être mesurée par le niveau de relaxation des muscles respiratoires, et non par la quantité d'air entrant ou sortant. Un rythme de respiration détendu est flexible et peut s'adapter à différentes situations, s'atténuant en respiration plus lente lorsque les conditions sont agréables et sans challenge, et s'accélérant quand certaines choses doivent être faites. Il fournit le minimum d'activité respiratoire nécessaire pour répondre aux besoins de la réalité.

 

 

Wilfried Ehrmann, Autriche

 Parution initiale dans Breathe Magazine (UK) N° 110, Mai-Août 2008.

 

 

Le Dr Wilfried Ehrmann est Vice-Président de l'Association Atman. Il est Formateur dans le domaine du Souffle Intégratif en Autriche, psychothérapeute, auteur du « Manuel de Thérapie par le Souffle » (en allemand) et formateur en Hongrie, Italie et Grèce. Il est l'auteur de différents articles sur le souffle en anglais et en allemand, et il a contribué pendant des années à Breathe Magazine.

Son contact email est le suivant : info@atman.at

 

Respiration du Rebirth et Respiration Yogique

Avril 2010 - Luc Enaut -  paru sur www.rebirth-france.com (article revu en octobre 2016)

 

 Depuis plus de 30 ans, j'ai eu l'opportunité de pratiquer et/ou de faire pratiquer la respiration en conscience dans le cadre de différentes disciplines de bien-être et d'évolution personnelle; des similarités existent dans les pratiques du souffle mais aussi, comme nous le verrons, des différences marquées en fonction des techniques.

 

La respiration yogique, appelons-là prânayâma pour simplifier les choses, est, compte tenu de l'essor actuel du yoga en occident, devenue familière à de nombreuses personnes; c'est moins le cas de celle du rebirth, appelée également respiration consciente connectée, qui demeure encore assez méconnue auprès du grand public.

 

Nous examinerons, en essayant d'aller à l'essentiel, les spécificités de ces types de respiration tels qu'ils sont pratiqués dans nos pays. Nous verrons également en quoi la respiration du rebirth se distingue du prânayâma et en quoi réside sa force.

 

Notons dès à présent, que le rebirth, dont on dit qu'il s'agirait d'une forme de yoga ancestrale redécouverte assez récemment, correspond à une seule et unique forme de respiration (même si on peut lui reconnaître un certain nombre de variantes). Le prânayâma, quant à lui fait appel à de très nombreuses techniques; la comparaison entre les deux n'est par conséquent pas simple, je me limiterai donc à ce qui me paraît être l'essentiel.

 

 

La respiration yogique

  

Tel que nous le décrit l'un des pionniers du yoga en Occident, André Van Lysebeth, dans son livre Pranayama, - la dynamique du souffle, « Le prânayâma a pour but d'accroître l'absorption et la fixation du prâna, de l'accumuler dans certains centres, puis de répartir cette énergie dans notre corps. ».

 

Le prâna étant cette énergie subtile présente partout dans l'univers, la finalité de la respiration yogique, on le comprend, est donc avant tout énergétique, elle est de ressourcer le corps. Elle contribue ainsi largement à ce sentiment de bien-être, de plénitude, d'avoir pleinement rechargé les batteries que l'on peut ressentir profondément après une session de yoga où le souffle a été largement sollicité.

 

On peut toutefois ajouter que le rayon d'action du prânayâma déborde largement de ce plan énergétique, puisque la maîtrise de ce type de souffle contribue aussi, notamment et entre autres, à une oxygénation idéale du corps, à une purification et une bonne relaxation de ce dernier, à une diminution du stress, à une plus grande clarté mentale, à une meilleur faculté à contrôler les émotions ainsi qu'à un vécu méditatif.

 

La pratique du prânayâma se présente sous de nombreuses formes et nécessite de se conformer à un cadre parfois assez rigoureux et à des modalités respiratoires bien spécifiques. De nombreuses postures du yoga utilisent la respiration abdominale, s'appuyant sur le principe que notre centre de gravité énergétique est situé au niveau du ventre, mais les respirations thoracique et claviculaire sont également utilisées. Ces 3 types de respiration, pratiquées chronologiquement, constituent d'ailleurs ce qui est communément appelé la respiration complète yogique.

 

La plupart des exercices, structurés et cadrés, impliquent une pratique en conscience du souffle par le nez, l'existence fréquente de pauses respiratoires entre inspir et expir, un rythme avec des proportions imposées entre les différentes phase de la respiration qui sont les suivantes : inspir, pause respiratoire, expir, pause respiratoire.

 

Ainsi, pour éclairer ceci par un exemple, la technique dite de prânayâma carré exige que les 4 phases respiratoires décrites ci-dessus soient présentes et pratiquées chacune pendant une durée similaire (d'où la notion de carré) pendant un nombre d'unités de temps bien précises – par exemple 6 temps ou toute autre périodicité choisie; on compte mentalement jusqu'à 6 tout en inspirant avant d'entamer une pause post-inspiratoire à nouveau sur 6 temps, etc...; plus l'on pratique longtemps et plus le mental tend à s'estomper.

 

D'autres exercices de prânayâma sont plus sophistiqués et, tels bhastrika (le soufflet), demandent également un accompagnement par contrôle de la sangle abdominale ou par la mise en place de bandhas (contractions musculaires).

 

 

La respiration du rebirth

  

Cette technique, que l'on peut qualifier de respiration en surventilation, se pratique en conscience et de façon soutenue, soit par la bouche soit par le nez, en conjuguant puissance et douceur; le souffle est dit connecté, c'est-à-dire sans phase de rétention ni entre l'inspir et l'expir, ni entre l'expir et l'inspir, ceux-ci se succèdent et s'enchaînent répétitivement, ce que nous pouvons qualifier de respiration à deux temps.

 

Dans cette technique que l'on pratique préférentiellement allongé sur le dos ou parfois assis, on installe un inspir profond que l'on fait suivre d'un expir détendu; la proportion entre la durée des deux uniques phases respiratoires importe peu dès que l'on a trouvé un confort dans cet art respiratoire. La conscience du souffle, quant à elle, se déplace des pieds à la tête et de la tête aux pieds. On peut en fait considérer la respiration du rebirth comme une sorte de respiration complète yogique (respiration à trois niveaux telle que mentionnée précédemment) assortie d'adaptations spécifiques, avec un souffle qui se prolonge jusqu'aux extrémités du corps plutôt que de rester cantonné au tronc de la personne.

 

Dans la pratique du rebirth, nous prenons à l'inspir tout le meilleur de l'énergie que l'univers nous offre et à l'expir nous nous abandonnons et libérons toutes nos toxines physiques et émotionnelles. Les quelques consignes techniques que nous venons de voir suffisent pour pratiquer ce type de respiration; ceci ne veut pas dire pour autant qu'on devient immédiatement autonome, un accompagnement est vraiment nécessaire pendant les premiers temps d'expérimentation de cette discipline puissante.

 

On voit de suite l'extrême simplicité caractérisant cette technique. Même si, lors d'une première expérience, ce mode respiratoire intense peut paraître un peu surprenant compte tenu de notre façon habituelle et souvent limitée de respirer, il s'agit, à n'en pas douter, d'une forme de respiration très naturelle; elle se rapproche en effet de celle du dormeur en phase profonde ou de celle du bébé ou jeune enfant avant que la vie et ses aléas ne l'aient conduit à adopter un autre schéma respiratoire plus contraint.

 

La respiration du rebirth mérite, à mon sens, d'être qualifiée d'holistique tant elle interagit avec chacun des plans qui nous constituent :

  • elle purifie et relaxe profondément le corps physique, permet d'activer puissamment tous les liquides du corps, de masser les organes et de contribuer à la libération des tensions physiques là où elles se manifestent,
  • elle nourrit chacune des cellules du corps, apporte regain de tonus et de vitalité et procède à une harmonisation de tout notre système énergétique,
  • elle est une porte d'entrée spirituelle, autorisant, dans le lâcher prise, une très grande palette d'expériences, certaines pouvant être qualifiées d'unificatrices ou d'extatiques,
  • elle contribue enfin avec une très grande efficacité, et c'est l'une de ses caractéristiques majeures, à favoriser la libération des énergies bloquées par les émotions qui se sont inscrites dans le corps.

 

Ce en quoi le respiration du rebirth diffère de celle(s) du prânayâma

  

Il existe à l'évidence certains points communs entre les deux types de respiration étudiés, mais aussi de nombreuses différences. Pratiquées en conscience, ces respirations contribuent à la santé, à l'équilibre et au mieux-être de l'être humain, sur les plans physique, énergétique, émotionnel et mental; elles sont également un portail vers de magnifiques expériences spirituelles.

 

Les caractéristiques suivantes donnent toute sa spécificité à la session de respiration rebirth, la distinguant de la plupart des pratiques du prânayâma :

 

  • l'intensité du souffle, une surventilation qui, par définition, accroît considérablement le volume d'air normal absorbé dans un espace de temps donné et qui active puissamment le processus de purification du corps,
  • la pratique, lorsqu'elle est effectuée par la bouche (même si ce n'est pas une obligation), qui permet une prise d'air beaucoup plus ample que lors d'une respiration par le nez, renforçant encore l'intensité de l'expérience,
  • la connexion en boucle de l'inspir et de l'expir, l'absence de pauses respiratoires empêchant durablement le mental de s'installer,
  • la durée conséquente de la session de respiration, souvent autour d'une heure, qui finit par favoriser la libération du mental, pour peu que la personne soit disposée à le lâcher,
  • la grande simplicité de son mode opératoire qui fait que le mental n'a quasiment pas à se fixer sur des contingences telles : rythme, nombre de temps, rétentions, contrôle musculaire éventuel, etc..., qui peuvent empêcher le respirant de s'abandonner à l'expérience,
  • des respirant(e)s qui sont au courant de l'émergence, à tout moment possible, de matériau émotionnel refoulé et prêt(e)s à vivre une profonde expérience de ce type.

 A titre de comparaison, les patterns respiratoires du prânayâma diffèrent sensiblement des caractéristiques énoncées ci-dessus; ils sont, en règle assez générale, plus structurés, utilisent une respiration moins intense, par le nez, avec une durée de pratique souvent volontairement limitée, de manière à ce qu'ils ne puissent pas déclencher de situations à caractère psycho-émotionnel.

 

 

Conclusion

  

Au final, ce qui, de mon point de vue, différencie le plus la respiration du rebirth de la plupart des formes de respiration yogique, est sa capacité à déclencher, avec facilité et dans la douceur, de grands nettoyages émotionnels ainsi qu'à offrir, rapidement et facilement, l'accès à de puissantes expériences spirituelles et transpersonnelles. Bien plus qu'une simple discipline d'entretien et de santé, le rebirth constitue une voie d'évolution rapide, que certains n'ont pas hésité à appeler « la voie royale ».

 

On retiendra que la respiration du rebirth et celles du yoga proposent de vastes domaines d'expérimentations propices à l'épanouissement de l'être humain. Chaque personne peut, en fonction de ses désirs et de ses aspirations au bien-être et au changement, décider de pratiquer avantageusement certaines formes de respiration plutôt que d'autres, ou même de pratiquer les unes et les autres, compte tenu de tous les bénéfices qu'elles peuvent procurer...

 

 

Donnons du souffle à notre vie !

 

 

Texte initial Luc Enaut avril 2010 paru sur www.rebirth-france.com - revu et amélioré le 1er Octobre 2016

  

Vous pouvez diffuser ce texte moyennant de toujours préciser sa source : Luc Enaut www.respiration-et-conscience.com

 

Vivre l'instant présent en Conscience

 Juin 2009  - Luc Enaut  paru sur www.meditationfrance.com le 1er juin 2009

 

Nous sommes en permanence liés à nos conditionnements du passé; nous agissons, sur le plan conscient ou inconscient, en relation avec les événements de ce passé. Nos actes et pensées sont l'expression de routines installées depuis longtemps. La vraie nouveauté est quasi absente de nos vies tant nos anciens schémas dictent nos comportements. Dans notre monde moderne, notre mental fonctionne en sur-régime, notre vie se déroule rarement dans la simplicité et, pour couronner le tout, nous nous sommes bien souvent coupés de la nature et de l'univers.

 

Nous sommes devenus des handicapés de l'instant présent : nous stimulons en permanence l'hémisphère gauche de notre cerveau, celui de la logique, qui nous ramène sans cesse au connu et donc au passé, au détriment de notre hémisphère droit, intuitif, qui nous permet de créer. Revenir à ce que nous connaissons nous sécurise d'une certaine manière et nous aliène en même temps.

 

Généralement plus enclins à «faire» qu'à «être» et affublés de nos nombreuses peurs, nous adorons également nous projeter dans le futur – si je fais ceci aujourd'hui, ça me permettra cela demain – si je m'investis dans ceci maintenant, je serai heureux, libre ou riche par la suite. Or envisager la vie ou le bonheur demain, n'est-ce pas s'empêcher de les vivre pleinement aujourd'hui ? Comme le disent les enseignements de sagesse, le bonheur n'est-il pas le chemin ? Alors pourquoi attendre demain, la vie n'est-elle pas un ensemble d'icis et de maintenants qui se juxtaposent les uns aux autres et que nous pouvons croquer à pleines dents ?

 

Vivre sans penser à hier ni à demain est le terreau fertile qui nourrit la vie. Lâcher les conditionnements du passé et cesser de se focaliser sur un hypothétique futur, nous permet de nous ouvrir à l'univers de tous les possibles . Expérimenter le moment en conscience, c'est se reconnecter pleinement à qui nous sommes vraiment, c'est revenir au centre et s'affranchir de tout l'extérieur afin de retourner à l'essentiel.

 

Pénétrer l'essence de l'instant présent, c'est avant tout accepter de lâcher notre mental et le bavardage interne, sans limites, qui rend captive une énorme partie de notre énergie, au point de paralyser certaines de nos fonctions physiologiques. Il s'agit de lâcher ce dialogue intérieur qui nous mine, qui ressasse en permanence et qui occupe indûment trop d'espace réservé à la vie.

 

 

Bien sûr, ce n'est pas toujours une tâche simple, me direz-vous à juste titre, dans notre culture hyper mentale, de vider notre tête afin de pouvoir paradoxalement accéder au Grand Tout. Nous pouvons cependant expérimenter de nombreuses pistes : de la méditation à la promenade dans la nature, en passant par l'écoute focalisée des sons de notre environnement ou l'exercice qui consiste à manger en restant uniquement dans l'acte de manger … plutôt qu'en pensant aux ennuis de notre vie quotidienne.

 

Profiter pleinement du moment présent passe par un grand retour à notre corps, celui-là même que nous délaissons parfois trop. Cette magnifique réplique du livre « Les sept plumes de l'aigle » d'Henri Gougaud, adressée au futur chaman Louis Ansa sur son chemin d'initiation : « Elle sait beaucoup ta tête, mais pas tout ! Ton corps sait autant qu’elle. Tu peux aussi demander à ton corps de te raconter sa propre version de la vie », nous rappelle qu'il est grand temps de réhabiliter le temple de notre âme.

 

Réapprenons donc à respirer, à visiter nos sensations corporelles, à percevoir nos tensions afin de mieux pouvoir nous en libérer. Redécouvrons, toujours en conscience, le mouvement, le plaisir de chanter et de sentir les puissantes vibrations émises dans nos organes et chacune de nos cellules.

Le moment présent vécu en pleine conscience élargit à l'infini les possibles de notre créativité. Quand nous ne sommes en attente de rien et déconnectés de nos expériences passées, un nouvel univers s'offre à nous; les plus grandes découvertes n'ont-elles pas été réalisées par des personnes qui savaient sortir des chemins battus, qui étaient capables se libérer du connu ?

 

Je vous invite à découvrir ou redécouvrir la joie de vivre cet instant présent. Prenez une seule petite minute pour vous, que vous goûterez les yeux fermés. Et respirez en vous focalisant à l'inspir sur l'air qui traverse vos narines, à l'expir sur le souffle tiède qui sort de votre nez. Dans la simplicité ressentez, appréciez, jouissez de l'instant présent, la Vie c'est tout de suite !

 

Vous pouvez diffuser ce texte moyennant de toujours préciser sa source : Luc Enaut www.respiration-et-conscience.com

Respiration et Conscience

Décembre 2008  - Luc Enaut  paru sur www.rebirth-france.com (article revu en octobre 2016)

 

 

La Respiration en conscience

  

Le cycle des saisons continue son immuable périple, les jours sont plus courts et nous sommes souvent plus volontiers installés douillettement dans nos intérieurs que prenant l’air à l’extérieur de chez nous. Pensons-nous alors encore que nous sommes des êtres dotés d’un nez muni de deux narines ? Nous souvenons-nous que, si notre souffle est la plupart du temps le résultat d’un mécanisme physiologique géré en pilote automatique, nous avons aussi cette possibilité de le pratiquer en pleine conscience ? Ceci peut, à première vue, nous paraître de peu d’intérêt puisque les choses semblent se faire d’elles-mêmes... Alors Conscience or not Conscience ?

 

Sur le plan énergétique, cette façon consciente de capter l’air et son énergie change tout : quand je pense à mon inspir et quand je pense à mon expir, mon souffle prend une toute autre dimension, je passe la vitesse Ressourcement et je recharge puissamment tout mon Être. Peut-être avez-vous déjà, lors d’une séance de yoga ou de qi qong, quand l’accent était mis sur la respiration, ressenti ce plaisir à vous nourrir de toute cette énergie que la vie vous offre, pris plaisir à relâcher les tensions indésirables qui vous habitaient ? N’étaient-ce pas là des instants privilégiés ?

 

Nous pouvons reproduire ces moments à volonté : respirer en conscience à certains moments de notre journée, c’est effectuer un intense travail de recharge de nos batteries. C’est aussi prendre de l’avance sur nos nuits : l’expérience le montre, plus nous sommes dans la conscience de notre souffle et plus nos besoins de nous ressourcer dans le sommeil diminuent, nous avons, en quelque sorte, déjà effectué une partie du travail de ressourcement énergétique qui incombe à nos nuits…

 

La respiration est une fonction fondamentale et, lorsqu’elle est pratiquée en conscience, elle nourrit encore plus en profondeur notre corps physique et son bouclier éthérique, elle est garante de notre bonne connexion à la Terre et à l’Univers tout entier et elle nous aide à réguler nos émotions.

 

A propos d’émotions, il faut cependant bien noter que le seul fait de respirer en conscience par le nez, dans les conditions normales de la vie, permet certes de contenir ou calmer les émotions mais ne permet pas, à moins d’une très grande pratique pendant de très longues années, la dissolution de ces émotions.

 

Pour aller plus loin et plus rapidement, il est utile de procéder à un grand nettoyage au niveau de notre corps émotionnel, il existe pour cela une excellente technique faisant également appel au souffle.

 

 

La Respiration Consciente

 

Le Rebirth, technique ancestrale remise au goût du jour à la fin des années soixante en Californie et que les français ont fini par traduire de manière plus ou moins heureuse par « Respiration Consciente », est un outil extraordinaire pour s’aventurer sur cette voie du nettoyage.

 

Lors de notre naissance nous avons tous, à un certain degré, expérimenté souffrance et émotions fortes. Nous avons alors tiré, tout bébé que nous étions, des conclusions négatives sur nous-même et sur la vie en relation avec les événements survenus et ressentis à ce moment là. Dans notre vie d’adulte, nous continuons à fonctionner à partir de ces croyances que nous avons installées il y a fort longtemps.

 

La Technique de respiration en conscience spécifique au rebirth, qui se pratique par surventilation, génère une profonde détente et harmonisation de notre corps. Mais aussi et surtout elle permet de revisiter et d'intégrer sur un plan subtil tout ce qui a été refoulé par l'individu, en particulier lors des périodes pré-natale, la naissance et peu après la naissance, ainsi il nous arrive couramment de recontacter le souvenir de notre naissance en rebirth. Le souffle agit en dissolvant les marques énergétiques associées aux émotions, des sortes de petits nuages très subtils qui se sont inscrits dans le corps.

 

Cette intégration des émotions au travers de la respiration permet la libération des énergies bloquées qui redeviennent disponibles pour le plus grand bien de la personne. Les énergies libérées contribuent à un net regain du tonus de la personne et à une sensible amélioration de sa vitalité.

 

La Respiration Consciente permet une réelle diminution du niveau de stress ainsi qu’une nette amélioration de l'estime de soi, de la confiance en soi et de la capacité à s’affirmer, qui sont les bases de profonds changements dans la vie. On observe chez les personnes un regain de joie, d'enthousiasme, de sérénité, une meilleure clarté d'esprit, une amélioration de l’intuition, un développement de la spiritualité, ainsi qu’une amélioration de la créativité. Au final on peut dire que la Respiration Consciente nous permet d'accéder pleinement à notre autonomie, nous fait véritablement entrer dans la danse de la vie ; on peut parler d’une contribution à un véritable épanouissement personnel et global chez l’individu.

 

Le Rebirth se pratique en séances individuelles ou de groupe. Pour certaines personnes le cadre de la séance individuelle leur permet, sans le regard des autres et avec l’attention exclusive du praticien, de lâcher totalement prise ; pour d’autres la séance de groupe colorée par l’énergie de chacun des participants permet de vivre une expérience amplifiée par les différents vécus dans ce groupe.

 

Dans tous les cas cette discipline, tout en étant pratiquée dans la douceur s’avère très puissante. Ainsi dans les stages d’évolution personnelle que je propose, où sont harmonieusement intégrées d’autres disciplines, le rebirth reste très souvent l’expérience la plus marquante pour chacun des participants.

 

Quels que soient notre vie et le chemin que nous avons décidé de suivre, rappelons-nous que notre souffle est un de nos alliés les plus précieux et que nous pouvons faire ce choix de respirer toujours plus en conscience. Comme le dit si bien le moine bouddhiste Thich Nhat Hanh, et ceci s’applique tout particulièrement à la respiration : « sous le soleil de la conscience chaque pensée ou action devient sacrée ». Il est vrai que, quelques minutes de souffle conscient par jour sont déjà, à n’en pas douter, un véritable acte sacré pour soi-même.

 

Vous pouvez diffuser ce texte moyennant de toujours préciser sa source : Luc Enaut www.respiration-et-conscience.com