COMMENT RENDRE NOTRE RESPIRATION PLUS SUBTILE

Infolettre  Janvier 2020

 

 

Notre respiration subit de nombreuses fluctuations au fil de la journée en fonction des moments, des situations de la vie et d'autres facteurs encore. Ces fluctuations peuvent être d'ordre totalement physiologique, ainsi l'une de nos deux narines est, à un moment donné et pendant un certain temps, plus ouverte et respirante que l'autre avant que les rôles ne s'inversent, cette alternance ayant lieu tout le long de la journée (1). Mais notre respiration peut aussi être affectée, par exemple, par la nature émotionnelle des situations que nous vivons. Tout un chacun a pu, à un moment ou un autre de sa vie, expérimenter l'impact puissant et immédiat de certains événements sur notre respiration qui ont eu pour effet de nous couper le souffle, de l'accélérer, de l'amplifier ou de le déstructurer d'une façon ou d'une autre.

 

En fin de compte nous adoptons, lors d'une même journée, de très nombreuses façons de respirer, notre mode de respiration est éminemment variable, en permanence influencé par des facteurs internes ou extérieurs à nous. Avec comme conséquence immédiate pour cette respiration d'être plus ou moins énergisante et parfois même si peu nourrissante qu'elle laisse se disperser cette précieuse énergie pourtant tellement nécessaire à notre bien-être et à notre santé.

 

Comment pouvons nous procéder pour rendre notre souffle plus homogène, plus subtil, de façon à ce qu'il soit le plus bénéfique possible pour notre corps ? Il existe pour cela un certain nombre de pistes que nous allons découvrir.

 

 

Veiller à l'équilibre des durées de l'inspir et de l'expir

 

Dans des circonstances normales de la vie, au cours d'une respiration, les durées de l'inspir et de l'expir devraient être à peu près égales, cependant on constate qu'elles varient assez largement chez bon nombre de personnes. Afin d'en avoir le cœur net, posez-vous en témoin de votre respiration à différents instants de la journée ou demandez à certains de vos proches de vous observer, vous serez probablement surpris-e des résultats.

 

Pour ne citer qu'un exemple, lorsque nous sommes fatigué-e ou en petite forme, il se peut que nous n'inspirions que pendant un temps assez court et que nous expirions sensiblement plus longtemps, façon de respirer qui a d'inévitables conséquences énergétiques et qui se traduit dans ce cas précis par une faible recharge d'énergie à l'inspiration, suivie d'une libération trop importante d'énergie vitale sur l'expiration.

 

On ne le répétera jamais assez, il est essentiel d'apporter, le plus souvent possible, une grande attention et vigilance au seul fait de respirer en conscience, mais il l'est également de veiller à la qualité du souffle que nous produisons tant ceci influe sur notre vitalité. Seule une observation fine de notre respiration nous permet de pouvoir procéder aux ajustements de ses caractéristiques de façon à pouvoir la rendre la plus bénéfique possible, en l’occurrence dans notre cas en équilibrant les durées de l'inspiration et de l'expiration.

 

Il existe par ailleurs un exercice souverain afin d'apprendre à éduquer notre souffle et de lui permettre d'équilibrer ces durées : la pratique de la Respiration Alternée ou Nadi Shodhana, l'une des grandes techniques de respiration du yoga où l'on respire alternativement dans une narine puis dans l'autre plutôt que simultanément par les deux narines à la fois. L'une des caractéristiques de la respiration alternée est précisément de favoriser l'équilibrage des flux énergétiques, elle permet notamment d'équilibrer assez facilement les durées du souffle entrant et sortant de nos narines, je vous renvoie pour les détails de la pratique et les nombreux bienfaits de Nadi Shodhana à l'une de mes infolettres précédentes (2).

 

 

Maîtriser la longueur du flot de prana sur l'expir

 

Afin de conserver le maximum d'énergie de vie ou prana dans le corps, il est recommandé d'adopter une longueur d'expiration réduite, on parle ici de la distance physique d'émission du souffle au delà des narines lorsqu'il est sorti de celles-ci. Une façon simple d'évaluer cette longueur est d'expirer sur le dos de notre main ou dans la paume de celle-ci et de positionner notre main à la limite du ressenti du flot de la respiration.

 

Dans la tradition yogique, cette distance est mesurée en largeur ou travers de doigt appelés angulas. Pour la majorité des personnes cette longueur de l'expir est de 7 à 12 angulas dans les circonstances normales de la vie (3), ce qui, exprimé d'une autre façon représente une longueur d'environ une largeur de main et demie jusqu'à deux largeurs de main et demie. Cette longueur peut être très largement dépassée en cas de situation émotionnelle forte, de grande excitation ou d'effort important réalisé par la personne. Plus la longueur est grande, plus la déperdition d'énergie l'est également ; à contrario moins l'air est projeté au loin, plus l'énergie vitale est conservée et selon la tradition yogique certaines capacités mentales et pouvoirs supranormaux peuvent alors être développés. La pratique de Nadi Shodhana, cette même Respiration Alternée que j'ai déjà citée auparavant, nous aide également à faire la transition d'une respiration grossière vers une respiration beaucoup plus subtile dont la longueur peut aller, avec une certaine expérience, jusqu'à se limiter à 2 angulas, même pour un expir complet.

 

 

Égaliser les vitesses d'inspir et d'expir

 

Les vitesses de la phase de l'inspiration et de celle de l'expiration peuvent différer sensiblement en fonction des événements de notre vie.

 

Ceci peut, dans certains cas, être le résultat d'une stratégie consciente, nous choisissons d'adapter temporairement les caractéristiques de notre souffle à une situation donnée, on peut ainsi afin de se relaxer, décider de produire un expir beaucoup plus lent que l'inspir qui l'a précédé, c'est un choix intelligent qui a toute sa raison d'être et qui produit du relâchement et de la détente.

 

Mais dans d'autres cas, il ne s'agit pas d'un choix conscient, la personne n'a aucune prise sur les événements. Citons le cas d'une personne en état de stress ou d'énervement, son expir peut être beaucoup plus bruyant et se manifester avec une vitesse sensiblement plus rapide que celle de la phase de l'inspir.

 

Il est donc intéressant de prendre l'habitude d'observer régulièrement notre respiration et de veiller à ce que ces vitesses de prise et de libération de l'air hors des narines demeurent ou redeviennent quasiment identiques, d'y mettre toute notre attention afin de pouvoir éventuellement apporter le ou les ajustements nécessaires.

 

Un bon entraînement, à réaliser hors contexte, peut consister en une visualisation, à se remettre dans l'énergie d'une situation passée où vous vous êtes senti-e démuni-e, à observer votre souffle et y apporter la ou les transformations qui conviennent, celles qui auraient été idéales à ce moment donné ; ce type d'apprentissage répété finira par devenir un véritable ancrage et vous permettra plus facilement de penser à ajuster votre souffle en situation réelle lorsque les conditions s'y prêteront.

 

Vous pouvez également visualiser et respirer dans une situation à venir que vous appréhendez, par exemple une réunion de travail avec quelqu'un qui vous stresse particulièrement, en vertu du postulat vérifié maintes fois que votre cerveau ne fait pas la différence entre le réel et le virtuel. Visualisez la situation future et pratiquez la respiration adaptée avant de vivre cette situation en réel, en toute vraisemblance votre respiration, en quelque sorte déjà programmée à l'avance, s'adaptera beaucoup mieux aux circonstances le temps venu.

 

 

Homogénéiser le souffle

 

Un autre facteur essentiel d'une respiration nourrissante tient à la constance, à l'homogénéité et à la fluidité du souffle, caractéristiques qui vont lui conférer une bonne partie de sa subtilité. Le souffle est un véritable portail entre les différentes dimensions de notre être, respiration et mental sont intimement liés, et l’agitation du souffle reflète assez fidèlement celle du mental. Un mental perturbé engendre naturellement une respiration hétérogène dont les inspirs et expirs sont souvent constitués de différents segments et discontinuités, avec parfois même présence de tressaillements ou à-coups au niveau du corps, qu'un observateur expérimenté peut facilement détecter lors d'une séance de respiration de quelque type qu'elle soit. Et dans une société comme la nôtre qui valorise tant le mental et où les émotions sont souvent à fleur de peau, c'est dire que ces caractéristiques sont très souvent présentes dans la respiration des personnes qui s'y sont en général habituées au point de ne plus reconnaître ce phénomène.

 

Il convient alors de favoriser une transformation de l'expression de ce souffle à l'aide d'un travail thérapeutique sur le mental et l'émotionnel ou/et la pratique d'exercices de Pranayama, la science de la respiration du yoga. De nombreux exercices permettent d'éduquer notre respiration, d'ajuster et d'optimiser ses différentes caractéristiques et de générer ainsi une accalmie du mental, de rendre notre souffle plus fluide et subtil, parfois à peine perceptible et pourtant très vital.

 

 

 

 

Notre respiration habituelle, je devrais plutôt dire en fait nos modes de respiration habituels, auxquels nous ne prêtons souvent que peu d'attention, ne génèrent la plupart du temps qu'une énergie somme toute limitée. Pratiquée sans aucune conscience qualitative, notre respiration est loin de satisfaire les vrais besoins vitaux de notre corps.

 

Certains maîtres spirituels affirment que, dès notre naissance, nous commençons déjà à mourir à cette vie en laissant notre énergie se disperser, il s'agit là d'une réalité qui se manifeste d'autant plus vite que les gains d'énergie du corps sont faibles tandis que nos déperditions vitales sont plus élevées, la respiration étant bien sûr l'un des acteurs fondamentaux de ce processus.

 

Une observation fine et régulière de notre respiration dans les différentes situations de notre vie reste la première étape qui permet en quelque sorte de faire l'état des lieux de celle-ci. Puis, en fonction de nos constatations, nous pouvons apporter des touches progressives de changement et ajuster les différentes caractéristiques de notre souffle afin qu'il puisse bénéficier à tout notre être de façon véritablement optimale.

 

La pratique d'exercices de respiration du Pranayama, en y incluant en priorité celle de Nadi Shodhana, permettra également de rééduquer notre respiration et de générer de nouvelles habitudes qui ancreront progressivement en nous un souffle plus subtil, générateur de plus de vitalité dans notre existence.

 

 

Joyeuses et subtiles respirations à vous tou-te-s ! 

 

 

(1) Caractéristiques des narines dans la respiration - septembre 2016

 

(2) La Respiration Alternée – Nadi Shodhana – avril 2017

 

(3) Swara Yoga – Parahamsa Satyananda – Ed Swam

 

 

www.respiration-et-conscience.com

Vous pouvez diffuser ce texte en gardant son intégralité et le lien actif vers le site internet. Merci.

VOUS AIMEREZ CERTAINEMENT AUSSI :